12/03/2006

La Grande-Bretagne ouvre grands les bras aux immigrés qualifiés, pas aux autres

La Grande-Bretagne accueillera à bras ouverts les travailleurs hautementqualifiés originaires de pays non-membres de l'Union européenne (UE) ; ellesélectionnera soigneusement les moyennement qualifiés en fonction de sesbesoins, et dissuadera fortement, voire empêchera, les autres de venirtravailler chez elle.
Ainsi peut-on résumer la nouvelle politique d'immigration du Royaume-Uni quientrera en vigueur en 2008, et dont les détails ont été publiés mardi 7mars. Ses grands principes avaient été annoncés il y a un an, au début de lacampagne pour les élections législatives. Elle ne concerne pas les citoyensdes dix nouveaux pays ayant intégré l'UE en mai 2004. Ceux-ci bénéficient,moyennant une obligation d'enregistrement, d'un accès libre au marché dutravail britannique et du même régime professionnel que les autresEuropéens. Près de 350 000 Européens de l'Est - dont 60 % de Polonais - sesont installés officiellement en Grande-Bretagne pour y travailler depuismai 2004.

Le plan, présenté par le ministre de l'intérieur, Charles Clarke, comme"plus juste, plus simple, plus transparent et plus rigoureux", repose sur unsystème de points inspiré des exemples australien, canadien ou néo-zélandaiset comparable au projet présenté en France en février. Les candidats àl'immigration seront classés en cinq catégories et notés en fonction deplusieurs critères : âge, qualification, expérience, maîtrise de l'anglais,salaires précédents.

En haut de l'échelle, figurent les hommes d'affaires et les professionnelshautement qualifiés : médecins, ingénieurs, financiers, informaticiens. Ilspourront entrer dans le pays sans avoir reçu une offre d'emploi préalable,être accompagnés de leurs familles et s'installer définitivement aprèsseulement deux ans. Certains entrepreneurs, désireux d'investir oud'innover, échapperont même au test des points.

Dans la deuxième catégorie, les enseignants, comptables, infirmiers etautres salariés intermédiaires seront accueillis, avec leur famille, là oùrègne une pénurie de main-d'oeuvre. Mais la détention d'une offre d'emploine leur garantira pas ipso facto l'entrée dans le pays. Ils pourront s'yinstaller durablement au bout de cinq ans.

Les travailleurs peu qualifiés, notamment dans l'agriculture, l'hôtellerieet la restauration, classés dans la troisième catégorie, devront avoirrépondu à une offre précise, pour une durée fixée à l'avance, un an aumaximum, et en garantissant leur départ au terme de leur contrat. Ils nepourront ni amener leur famille ni s'installer dans le pays. Actuellement,tous les travailleurs présents en Grande-Bretagne depuis quatre ans peuventprétendre à une résidence permanente.

Les deux dernières catégories concernent les étudiants, et des casparticuliers, comme les sportifs, les musiciens, les religieux, lesvacanciers de longue durée.

Les candidats à l'immigration devront se faire connaître auprès desconsulats britanniques. En cas de réponse négative, ils ne pourront plusfaire appel. Un nouvel organisme, dépendant du ministère de l'intérieur,déterminera et chiffrera les besoins en main-d'oeuvre dans les secteursdéficitaires.

Le futur système est fondé sur la conviction que les travailleursoriginaires des nouveaux pays membres de l'Union européenne seront asseznombreux pour accomplir les "petits jobs" en souffrance sans qu'il soitnécessaire de faire appel aux immigrants plus lointains. C'est parmi cesderniers que l'on trouve les travailleurs clandestins déjà présents, dont lenombre était estimé, en juin 2005, à 570 000.

Ce tour de vis sur l'immigration a aussi un objectif plus politique :rassurer une partie de la population, inquiète d'un afflux croissantd'étrangers dont l'intégration pèse lourdement sur des infrastructurespubliques déjà déficientes.

Jean-Pierre Langellier Londres, correspondant
Le Monde | 09.03.2006

13:00 Écrit par Clara People | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, grande-bretagne, politique |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.