08/06/2006

Les régularisations ne concerneraient pas plus de 2 % des enfants de sans-papiers

LE MONDE | 07.06.06 | 13h41
Laetitia Van Eeckhout

Ferme mais humain. Humain mais ferme. A peine le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, avait-il annoncé, mardi 6 juin, la régularisation au cas par cas d'élèves étrangers scolarisés et de leur famille, que la police venait chercher dans une école du Mans deux petits frères kurdes, Chabar, 6 ans, et Jonas, 3 ans et demi, dont la mère, menacée d'être renvoyée, venait une heure plus tôt de se faire interpeller.

"Il y a les discours humanistes à la tribune du Sénat. Et il y a la réalité des faits", pointe Richard Moyon, porte-parole du Réseau éducation sans frontières (RESF), à la tête de la mobilisation contre le renvoi des jeunes sans papiers.
Mardi, plusieurs élus de gauche se sont félicités que la mobilisation citoyenne autour des écoles ait payé, Claude Bartolone, député (PS) de Seine-Saint-Denis, allant jusqu'à parler de "bonne mesure pour une fois". Mais, parmi les acteurs de cette mobilisation, l'annonce du ministre de l'intérieur a été accueillie avec froideur, si ce n'est colère.

DES CRITÈRES JUGÉS INIQUES

Pour les collectifs de soutien aux jeunes étrangers scolarisés menacés de reconduite à la frontière et les associations de défense des étrangers, cette annonce n'est qu'un "coup de pub". "La mobilisation contre l'expulsion de jeunes scolarisés ne cesse de prendre de l'ampleur" et M. Sarkozy "veut dégonfler cette mobilisation qui concerne des gens de tous horizons en donnant à l'opinion un os à ronger", a dénoncé, mardi, Nathalie Ferré, présidente du Gisti, lors d'une conférence de presse du collectif Uni(e)s contre l'immigration jetable. "La régularisation va concerner des jeunes et des familles qui sont là depuis six ou sept ans. Or les gens qui sont ici depuis six ou sept ans, et qui ont toutes leurs attaches en France, ont droit à des titres de séjour en vertu de la loi actuelle", a-t-elle souligné.

Selon RESF, les mesures de régularisation annoncées ne concerneront pas plus de 2 % des enfants des familles sans papiers. Devant les sénateurs, Nicolas Sarkozy a promis de régulariser les familles dont "l'enfant est né en France ou est arrivé en très bas âge, est scolarisé en France, ne parle pas la langue de son pays et n'a donc aucun lien avec ce pays". Des critères jugés pour le moins iniques par les soutiens aux familles.

"Je connais une quarantaine de familles menacées d'être renvoyées, et pas une ne rentre dans les critères annoncés", témoigne Cécile Bir, mère de famille et présidente du collectif Enfants étrangers citoyens solidaires de l'école Stalingrad à Nantes. "Ne pas parler la langue de son pays d'origine, qu'est-ce que cela veut dire ? C'est n'importe quoi. Un enfant peut parfaitement maîtriser le français, tout en parlant la langue de ses parents", s'insurge-t-elle. Pour les collectifs et les associations, pas question de relâcher la vigilance. Au contraire, tous appellent à poursuivre et à amplifier le mouvement.

15:23 Écrit par Clara People | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, france, expulsions, enfants |  Facebook |

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