08/06/2006

"Sarkozy est en train de réglementer la chasse aux enfants"

Propos recueillis par Alexandra GUILLET TF1

Un simple "effet d'annonce", une manière déguisée de "mettre en place une réglementation pour encadrer la chasse aux enfants"... Richard Moyon, porte-parole du Réseau Education Sans Frontière, s'indigne sur LCI.fr de la proposition de Nicolas Sarkozy de ne régulariser que les enfants sans-papiers nés et scolarisés en France.

06 juin 2006 à 11h53

LCI.fr : Nicolas Sarkozy devrait proposer cet après-midi, devant le Sénat, la régularisation de 800 familles dont les enfants sont nés et scolarisés en France. Qu'en pensez-vous ?

Richard Moyon, porte-parole du Réseau Education sans Frontière (RESF)* : Le titre en Une du Figaro de ce matin, "Sarkozy renonce à expulser les élèves sans papiers" promettait beaucoup. Mais à y regarder de plus près, la "clémence" de Nicolas Sarkozy ne représenterait que 1 à 2 % des enfants concernés par l'expulsion. En effet, d'après les propres chiffres du ministère de l'intérieur, il y a en France 300 à 400 000 sans papiers, dont 50 000 familles. S'il y a 50 000 familles, il y a au minimum 50 000 enfants en situation irrégulière. Ce qui est énorme, puisque même notre réseau ne les estimait qu'à une dizaine de milliers.
Nicolas Sarkozy propose de ne régulariser que les 800 familles les plus intégrés, soit environ 1200 personnes. C'est une goutte d'eau, un simple effet d'annonce. Très loin de la réalité. Nicolas Sarkozy souhaite se refaire une virginité humanitaire. Mais pour un coup d'essai, ce n'est pas un coup de maître.


LCI.fr :
Pour ne pas être expulsable, les enfants devront être nés et scolarisés en France et ne pas parler la langue de leurs parents. Que pensez-vous de ces critères retenus par le ministère de l'Intérieur ?


R.M. : Monsieur Sarkozy s'apprêtait à ouvrir la chasse à l'enfant à partir du 30 juin sans aucune restriction. Là, il est en train de mettre en place quelques réglementations pour encadrer cette chasse. Autant les deux premiers critères, à savoir le lieu de naissance et la scolarisation, sont rigoureux. Autant le troisième critère, à savoir la perte de l'usage de la langue de ses parents, n'a pas de sens. Pire, il permet de laisser des marges d'appréciation aux préfectures dont on sait qu'elles ne sont pas particulièrement enclines à la bienveillance. Car ces préfectures sont déjà prises l'épée dans les reins à cause des objectifs chiffrés que leur inflige le ministre de l'intérieur pour les reconduites à la frontière. Cette année, l'objectif est de 25 000 expulsions. C'est 25% de plus que l'an dernier, 50% de plus qu'il y a deux ans.


LCI.fr : Quelles actions entendez-vous mener dans les prochaines semaines pour aider ces enfants étrangers qui sont scolarisés en France mais menacés d'expulsion à la fin du mois ?

R.M. : Avant le 30 juin, nous continuons notre mobilisation qui a déjà permis de faire faire ce petit pas en arrière à Nicolas Sarkozy. Et pour l'après 30 juin, date à laquelle les cours vont s'arrêter, nous avons lancer une pétition nationale "Nous les prenons sous notre toit !", qui a déjà recueilli 40 000 signatures. Cette pétition revendique la protection des enfants. Dans des dizaines d'écoles, partout en France, des familles et des professeurs se préoccupent en ce moment même de faire partir en vacances les élèves menacés d'expulsion. Des centaines, et même des milliers d'enfants vont ainsi être protégés par des citoyens français.
L'objectif est de mettre la police dans la situation d'avoir à faire des enquêtes longues et complexes pour les retrouver. Dit comme cela, cela rappelle de tristes pages de notre histoire. J'espère que cela évoquera quelque chose chez les fonctionnaires de police et qu'ils ne se laisseront pas donner n'importe quel ordre. Nous parlons d'enfants. Il ne faut pas laisser commettre ces infamies.

*Réseau Education sans frontière a été créé en juin 2004 pour venir en aide aux enfants étrangers scolarisés en France et menacés d'expulsion. Il regroupe essentiellement des parents et des professeurs.

15:21 Écrit par Clara People | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, ue, france, politique, expulsions |  Facebook |

12/03/2006

pour la fermeture des centres de détention administrative dans l'UE

Giusto Catania plaide pour la fermeture des centres de détention administrative dans l'UE et se déclare choqué par ce qu'il a vu dans les centres de détention en France

« Il faut fermer toutes les structures de détention administrative pour les immigrés présents dans le territoire européen », a lancé mardi devant la presse le député européen Giusto Catania (GUE/NGL, italien). « Ces centres sont des lieux de violation des droits humains et des libertés individuelles, et ne dissuadent pas les entrées irrégulières, ni favorisent l'identification des migrants », a estimé M. Catania en présentant une publication sur les centres pour les immigrés de Lampedusa et Melilla - centres qu'il a eu l'occasion de visiter (voir EUROPE N°9057 et N°9089).

M. Catania s'est par ailleurs clairement prononcé contre certaines des dispositions incluses dans la proposition de directive du Commissaire Frattini de septembre 2005 qui prévoit notamment jusqu'à six mois de détention pour les immigrés irréguliers (EUROPE N° 9018). « Quelques jours sont nécessaires pour instruire un dossier, mais il n'y a aucune raison de faire de ces personnes des prisonniers », avait relevé le président de la commission des libertés publiques Jean-Marie Cavada juste après sa visite. « Voilà pourquoi nous voulons lancer une campagne européenne, qui implique la société civile, pour la fermeture de tous ces lieux », a insisté Giusto Catania pour qui les centres de détention administrative sont « une sorte de prison, même pire que ça ».

Outre la fermeture de tels centres, M. Catania propose de créer « un permis de séjour pour les immigrés qui cherchent un emploi » et d'utiliser des « lieux de transit où les immigrants ne resteraient que deux ou trois jours » avant d'être présentés à un service d'asile où leur demande pourra être traitée.
« L'Europe doit changer son approche sur l'immigration », a plaidé Luisa Morgantini (GUE/NGL, italienne), présidente de la commission Développement au PE. Selon elle, « les migrants ne doivent pas être les damnés de la terre: il faut être accueillants et en même temps augmenter les aides au développement des pays d'origine des migrants, en particulier pour éviter la fuite des cerveaux de l'Afrique ».

Pour le Portugais Miguel Portas (lui aussi membre du groupe GUE/NGL), le danger réside dans le fait que « l'opinion publique puisse être manipulée pour servir une politique d'immigration ignorant l'aspect humain de la question. Nous devons donc continuer à souligner le côté humanitaire du problème ».

Giusto Catania a expliqué qu'il s'était rendu le 20 février à Paris avec une délégation de la commission des libertés du Parlement européen, pour visiter deux centres de rétention administrative (CRA): Mesnil-Amelot près de Roissy (Seine-et-Marne) et le « dépôt » dans les sous-sols du Palais de justice de Paris. « Avant de voir ce centre, nous pensions que ce qu'on nous avait dit était impossible », a indiqué M. Catania qui s'est dit « choqué » par « le manque d'air » et l'ensemble des conditions de détention inimaginables, selon lui, dans un pays de l'UE.

Rejoignant les observations faites par le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Alvaro Gil-Robles, les parlementaires en visite sur place s'étaient félicités que la France ait « enfin » été décidé de fermer en juin prochain le dépôt. « Un centre équivalent à celui de Lampedusa, sauf qu'à Lampedusa il y a un peu plus de lumière », avaient résumé les parlementaires. Le ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, avait annoncé la fermeture de ce centre le 15 février juste après la publication du rapport de M. Gil Robles.
Les deputés se rendront fin mars à Malte pour poursuivre leurs réflexions et initiatives en matière de retour des immigrés.

Agence Europe | 07.03.06

12:55 Écrit par Clara People | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : europe, ue, france, centres fermes |  Facebook |

« La clandestinité est utile à l’économie libérale »

Eurodéputé italien (1), Giusto Catania, dénonce les logiques qui soutendent la politique d’immigration de l’UE.

Melilla,
envoyée spéciale.

Giusto Catania (Refondation communiste, Italie) s’est rendu lundi dernier avec une délégation de son groupe de la gauche unitaire (GUE-GVN) du Parlement européen dans l’enclave espagnole de Melilla, au Maroc. Il répond aux questions de l’Humanité.

L’Europe peut-elle se dédouaner de la situation tragique que vivent des milliers d’immigrés clandestins actuellement en errance au Maroc ?

Giusto Catania. La politique d’immigration en Europe est dans l’erreur absolue. Les modalités d’accueil ne fonctionnent pas. Nous pensons que Melilla comme Lampedusa sont les symboles de l’Europe forteresse qui se replie sur elle-même au lieu de tracer une route pour construire une société interculturelle. Les principes appliqués ne contribuent pas à la construction d’une Europe de paix, une Europe libre pour être forte politiquement et économiquement au niveau mondial. Les documents officiels de la commission européenne, le livre vert de l’immigration, indiquent que d’ici à 2030 l’Europe doit faire appel à 20 millions d’immigrés supplémentaires. Parce qu’elle n’a pas de croissance démographique, l’UE est de plus en plus vieillissante. Des activités économiques sont en train de mourir parce que personne n’est capable ou ne veut les maintenir.

Cela ne renforce-t-il pas la politique d’immigration de l’UE, qui consiste à accueillir des immigrés en fonction de ses besoins économiques tout en repoussant hors de ses frontières des personnes en situation critique dans leur pays ?

Giusto Catania. Pour affronter cette situation, plusieurs solutions sont possibles. L’Europe doit faire une politique de coopération sérieuse en direction des pays tiers, y compris dans un processus d’intégration économique. Mais les accords en vigueur, en premier lieu celui de Barcelone, ont construit un système de processus de colonisation des pays tiers. Alors qu’il est possible d’entreprendre une vraie politique de coopération pour contribuer au développement et à la croissance économique de ces pays, l’UE en fait des subalternes de son économie. D’autre part, il est illusoire de croire que les flux migratoires naturels s’arrêteront avec des barrières ou des barbelés. Nous vivons dans un monde où le commerce mondial offre aux capitaux une totale liberté de mouvement mais interdit aux femmes et aux hommes d’en profiter. Sur le plan conceptuel, c’est un principe absolument inacceptable. Il doit y avoir une harmonisation du droit d’asile, en évitant la logique du pays tiers « sûr ». Il n’existe pas de pays sûrs auxquels l’Europe délègue la demande d’asile, tout comme il n’existe pas de pays sûrs pour l’immigration clandestine.

L’Europe a choisi ces dernières années, par le biais des accords de Barcelone, de porter ses frontières sur le territoire africain, en y construisant des centres de détention censés réglementer les flux migratoires en direction de l’Europe. Par exemple, l’Italie a financé la construction de trois centres de détentions en Libye. Au lieu d’investir dans la coopération, l’Europe finance ce type de centres hors du territoire européen et exporte ses frontières. Il faut une politique d’harmonisation de l’immigration. Or aujourd’hui, il existe exclusivement une politique commune basée sur l’expulsion. La France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et la Grande-Bretagne ont signé un accord, en se dotant d’un fonds commun, afin de créer des ponts aériens pour expulser des gens de leur territoire.

Et la nouvelle directive européenne sur l’immigration illégale ?

Giusto Catania. Elle comporte deux volets inquiétants. D’une part, elle harmonise les critères d’expulsion en précisant qu’un individu expulsé d’un pays membre de l’Union l’est automatiquement de toute la communauté. L’entrée, elle, est conditionnée aux critères de chaque pays. Deuxième aspect : la détention administrative va être allongée à six mois. En Italie, par exemple, elle est de deux mois. Imposer à un citoyen une détention, c’est une manière de ne jamais construire l’intégration. Une personne arrivée illégalement, et aussitôt placée dans un centre de détention, est forcément éloignée des rapports sociaux normaux. Si elle n’est pas expulsée, une fois libérée sur le territoire, elle devient une proie facile pour le travail illégal. Les centres de détention favorisent la clandestinité. Par exemple l’Italie et l’Espagne, qui n’ont pas d’accords bilatéraux avec les pays africains, ne raccompagnent pas les clandestins dans leur pays d’origine mais leur signifient leur avis d’expulsion. Un clandestin ne va pas « s’expulser ». Les immigrés illégaux sont donc condamnés à la clandestinité, jetés sur le marché du travail au noir. La clandestinité est utile pour faire baisser le coût du travail, les dépenses sociales et les garanties syndicales. Elle est utile à l’économie libérale pour limiter l’impact des revendications des travailleurs. L’immigration illégale favorise l’économie illégale. Si l’Europe octroyait un permis de séjour pour rechercher un travail légal, on aurait la capacité de contrôler les gens qui entrent et sortent de l’UE.

    (1) Membre de la commission Justice et liberté du Parlement de l’UE.


Entretien réalisé par C. Ce.
L’Humanité | 13.10.2005

12:53 Écrit par Clara People | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, ue, maroc, politique |  Facebook |