06/05/2006

APPEL DES VOISIN-E-S DES SANS-PAPIERS

Puisque les quotidiens sollicités n'ont pas relayé notre message du 1er mai, nous passons par la voie de la liste de diffusion de l'AV pour que vous lisiez et diffusiez cet appel
Cordialement
Des voisins actifs à St-Boniface

APPEL DES VOISIN-E-S DES SANS-PAPIERS AUX TRAVAILLEU-SE/R-S

Membres de l’Assemblée des Voisins et Voisines, nous avons aidé dans leur (sur)vie quotidienne les 130 personnes sans papiers qui ont occupé l’Eglise Saint-Boniface à Ixelles pendant six mois. En ce 1er mai nous souhaitons lancer un appel aux travailleurs belges car nous pensons qu’ils sont directement concernés par la problématique des Sans-papiers.

Ayant accompagnés des Sans-papiers dans leurs démarches en vue obtenir un traitement respectueux de leurs dossiers de régularisation par les autorités belges, nous avons constaté le manque d’écoute du Ministre de l’Intérieur et de l’Office des Etrangers. Ceux-ci n’ont finalement réagi positivement que sous la pression d’un grève de la faim : 121 des 130 occupants furent finalement régularisés.

Notre démarche est humanitaire et politique : soutenir des personnes dans leur recherche de plus de dignité. Pour nombre d'entre elles, trouver cette dignité passe par leur régularisation. Certes, cela pose beaucoup de questions et nous en avons conscience. Un motif de refuser cette régularisation est la peur compréhensible que leur arrivée massive déstabilise le marché du travail. Nous pensons que cette peur est surévaluée et que, au contraire, l’agiter sert des intérêts opposés à ceux des travailleurs.

Nous dénonçons le simplisme et la mauvaise foi de la formule « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ». Il ne s’agit pas d’accueillir la misère mais des êtres humains, des personnes prêtes à participer à notre société et à y travailler : nous en sommes convaincus pour les côtoyer régulièrement. De plus, ils ne sont en moyenne que 10.000 par an à solliciter l’asile en Belgique. Une goutte d’eau dans l’océan, 0,1% d’une population pour laquelle les démographes tirent la sonnette d’alarme : en Belgique la dénatalité ne permet plus le remplacement des générations.

Pourquoi ce qui a toujours été une source de richesse deviendrait-il soudain une cause de misère ? Quand en Espagne, on a malmené les Juifs, ceux-ci ont fui en France et au Maroc et ces pays ont alors connu des décennies de prospérité. Quand les guerres de religion ont menacé les protestants en France ou en Belgique, ils se sont réfugiés aux Pays-Bas où les Huguenots étaient bienvenus et ce pays a alors aussi connu la prospérité. Quand la famine a chassé les Irlandais et les Italiens aux Etats-Unis, ce pays les a accueilli et a connu des décennies de prospérité. Accueillir chez soi des adultes déjà formés, c’est toujours un gain énorme. Le passé l’a toujours prouvé. La Fédération des Entreprises Belges le sait d’ailleurs et réclame une ouverture des frontières mais, avec cynisme, exige les diplômés qui lui conviennent.

Est-il vrai que la régularisation de la majorité des demandeurs d’asile aurait un impact négatif sur le marché du travail ? C’est en fait le contraire. Ceux qui demandent l’asile sont environ 40.000 (il y a d’autres clandestins mais ceux-ci ne sont pas demandeurs de régularisation). Si les 40.000 étaient régularisés, ils se mettraient à travailler autrement qu’au noir. Cet apport ne bouleversait pas le marché du travail car, en Belgique, il y a environ 4 millions de travailleurs et parmi ceux-ci, 9%, soit 360.000, ne sont pas Belges (200.000 venus de l’Europe des 15, 40.000 originaires des 10 nouveaux pays membres de l’UE et 140.000 personnes issus de pays extérieurs à l’UE).

En des temps où la crise écologique a fait doubler le prix des matières premières en trois ans et où les fonds de pension exigent des rendements supérieurs à 10%/an, certains veulent faire baisser le coût du travail chez nous pour continuer à produire beaucoup à des prix compétitifs, c’est-à-dire les plus bas possibles. Dans ce contexte, la non-régularisation des clandestins peut être une manière de déréguler le marché du travail en mettant en compétition les travailleurs nationaux avec ceux venus d’ailleurs. Cette hypothèse doit être sérieusement prise en considération.

Puisque la Directive Bolkestein a été partiellement (momentanément ?) contrée, maintenir bon nombre de personnes hors des règles communes (par exemple en leur refusant des papiers), ce serait multiplier des clandestins en concurrence avec les travailleurs. Cette menace pourrait permettre de faire accepter la réduction des salaires et des avantages sociaux, si gênants pour la rentabilité des investissements.

Nous pensons donc, chers amis travailleurs que vous et vos organisations devriez tenir compte de ces faits. Vous tenez une clé importante dans le soutien à ces personnes - travailleurs potentiels – à la recherche de leur dignité. Les 130 de Saint-Boniface ont osé se faire connaître et dénoncer une politique inhumaine et antisociale, et ils ont gagné. Ils sont aujourd’hui imités par beaucoup d’autres désespérés.

Nous apprécions que des syndicats (CSC et FGTB notamment) entament une politique de syndicalisation des Sans-papiers. Ces organisations ont compris qu’elles doivent s’opposer à ceux qui veulent diviser les travailleurs, politique qui profite essentiellement au patronat. De fait, les Sans-papiers ne sont en compétition déloyale avec les travailleurs que s’ils restent sans papiers. En soutenant la lutte pour la régularisation des Sans-papiers, les travailleurs et leurs syndicats défendront leurs intérêts et se joindront à notre combat humanitaire.

Adriaens Alain, Cueto Enrique, Goorden Henk, Laine Marie-Rose,Lison Jean-Marie, Martin Jacqueline, Nalpas Dominique, Noël Caroline,Paulus Monique, Prévost Marianne, Rodriguez Ana,
tous voisins et voisines des ex-occupants de St Boniface

17:35 Écrit par Clara People | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : belgique, bruxelles, occupation, voisins |  Facebook |